Stablecoins en Côte d’Ivoire : vérifier le parcours juridique d’un règlement d’importation
Pour une entreprise ivoirienne qui importe du matériel, le point de départ reste l’opération commerciale. Qui achète, qui vend, quelle dette doit être réglée et quelles pièces permettront de clore le dossier ? Ajouter un stablecoin dans le parcours oblige à expliquer chaque étape. Cela ne fait pas disparaître la nature de l’importation.
Superposer les cadres sans les confondre
L’instruction BCEAO 001-01-2024 encadre les services de paiement dans l’UMOA. Le règlement 06/2024 organise les relations financières extérieures. En Côte d’Ivoire, l’ordonnance 2023-875 traite notamment les obligations de lutte contre le blanchiment. Ces objets sont distincts : un statut dans un domaine ne démontre pas la conformité dans les autres.
Il faut donc éviter une conclusion fondée uniquement sur la présence d’un acteur de paiement connu. L’entreprise doit identifier ce que cet acteur exécute effectivement et les règles applicables à la totalité du parcours envisagé.
Construire le dossier autour de la facture
Pièce ou question | Utilité dans un cas ivoirien | Conséquence si elle manque |
|---|---|---|
Contrat et facture d’importation | Identifier la dette, le créancier et la devise | Impossible de qualifier correctement le règlement |
Analyse du circuit bancaire | Relier financement, règlement et justificatifs requis | Revue avec l’intermédiaire agréé avant exécution |
Contrat de conversion et de transfert | Identifier chaque entité et ses responsabilités | Ne pas se satisfaire du nom de groupe |
Accord sur la réception finale | Définir quand la dette est libérée | Risque de token reçu mais dette encore contestée |
Preuves et rapprochement | Relier la sortie de trésorerie à la facture | Dossier de clôture incomplet |
L’instruction RFE sur les importations prévoit notamment un apurement effectué par l’intermédiaire agréé domiciliataire sur la base des justificatifs. Une preuve de transaction blockchain ne remplace pas, à elle seule, ce dossier.

Cas fictif : un importateur d’Abidjan
Une société doit 40 000 EUR pour des équipements. Le fournisseur propose une réception en stablecoins, sans préciser la devise de conversion finale ni les frais supportés. L’importateur dispose de francs CFA et d’un dossier bancaire en cours.
La décision utile consiste d’abord à demander à la banque comment le parcours proposé s’articulerait avec le dossier d’importation. En parallèle, le fournisseur doit confirmer le montant qui le libère de sa créance et le bénéficiaire exact. Acheter des tokens avant ces réponses créerait une exposition supplémentaire sans résoudre le paiement.
Identifier la portée de la conformité
L’assujettissement d’un prestataire à des obligations de lutte contre le blanchiment ne constitue pas en soi une autorisation de fournir n’importe quel service. La revue doit demander les preuves adaptées à chaque activité, puis traiter l’identité des parties, l’origine des fonds et la cohérence économique du règlement.
Le dossier distingue les questions résolues, les avis à obtenir et les points d’arrêt. Il ne conclut pas que les stablecoins sont globalement autorisés ou interdits en Côte d’Ivoire sur la seule base d’un texte relatif aux paiements.

Appliquer le seuil et organiser l’apurement
L’instruction BCEAO 02/07/2025/RFE, applicable depuis le 1er août 2025, fournit des obligations précises. Son article 3 soumet à domiciliation les importations dépassant 20 millions de FCFA, sous réserve des exceptions prévues par le texte ; l’article 9 vise le fractionnement destiné à contourner le seuil.
Pour notre importation ordinaire fictive de matériel de 40 000 EUR, la parité officielle de 655,957 FCFA pour un euro donne 26 238 280 FCFA. Le seuil est dépassé. Découper le paiement en deux transferts ne constitue donc pas une solution documentaire.
Étape du dossier | Disposition utile | Conséquence opérationnelle |
|---|---|---|
Domiciliation | Articles 3–5 | Ouvrir le dossier auprès de l’intermédiaire agréé ; réunir contrat/facture, identité et pièces requises |
Règlement | Article 6 | Relier la mise à disposition des devises aux conditions documentaires applicables à l’opération |
Apurement | Article 7 | L’intermédiaire agréé rapproche facture, attestation d’importation et justificatifs de transfert ; le hash seul ne remplace pas ces pièces |
Conservation | Article 7 | Le texte impose à l’intermédiaire la conservation du dossier pendant dix ans ; organiser aussi l’archivage de l’entreprise |
L’instruction décrit un régime d’importation ; elle n’autorise pas, par elle-même, un circuit stablecoin. Deux conclusions doivent rester séparées : la domiciliation de cette importation est à traiter, et l’admissibilité du parcours tokenisé proposé reste à établir avec les interlocuteurs compétents.
L’ordonnance ivoirienne 2023-875 inclut les prestataires de services d’actifs virtuels parmi les assujettis à la LBC/FT (article 3). Cet assujettissement ne vaut pas agrément de paiement. Dans le cas étudié, la direction peut poursuivre la constitution du dossier d’importation, tout en suspendant le choix du rail stablecoin jusqu’à confirmation de son traitement et de l’apurement attendu.
Délimiter le contrôle fiscal
Le dossier d’importation ne constitue pas une liquidation fiscale complète. Le CGI ivoirien distingue le bénéfice d’ensemble et les cessions d’actifs (article 14), les écarts de conversion des devises et créances ou dettes concernées (article 17), ainsi que la TVA sur les importations et opérations visées (article 344). Ces règles ne permettent pas de classer automatiquement tout stablecoin comme une devise.
L’entreprise doit documenter le prix d’acquisition, les valeurs aux dates pertinentes, les frais et les prélèvements applicables. Pour les prestations de services, la territorialité des articles 351–352 exige une analyse propre. Aucun montant fiscal supplémentaire n’est chiffré dans l’exemple de 40 000 EUR : le calcul présenté établit le franchissement du seuil de domiciliation, pas un coût fiscal complet.
L’apport de BECTRA
BECTRA peut relier la cartographie des intervenants, le dossier commercial et la piste de rapprochement. La note de décision identifie les confirmations locales nécessaires avant un pilote et les preuves à conserver après exécution. L’objectif est une opération explicable, avec une responsabilité attribuée à chaque étape.
Le règlement RFE, article 4, et son annexe II précisent le rôle des intermédiaires dans les règlements extérieurs. La qualification doit porter sur cette chaîne entière ; le seuil de domiciliation ne constitue pas une exemption générale du canal de règlement.
Pour aller plus loin
Sources
Sources consultées le 17 octobre 2026. Les cas et tableaux de décision sont des constructions BECTRA ; les montants fictifs ne sont pas des données de marché.
Contrôle juridique complémentaire : 17 octobre 2026.




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